Parashat Shémot (5775) – Yéhouda Moshé Charbit

Parashat Shémot (5775) – Yéhouda Moshé Charbit

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PARACHAT Shémot

Yéhouda Moshé Charbit

 

 

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בס״ד

PARACHAT CHEMOT

 

La Paracha de Chemot, première Paracha du second livre de la Torah qui porte son nom, nous plonge dans l’amertume de l’exil que subissent les bné-Israël. Effectivement, après la mort de Yossef, peu de temps suffit aux Egyptiens pour oublier les bienfaits que leur ont apportés les enfants de Yaakov. Ainsi, Pharaon prend la décision de faire subir au peuple hébreu l’oppression et le labeur de l’esclavage. Bien que l’oppression est grande, les bné-Israël ne cessent de se multiplier au point de devenir une gêne aux yeux du roi d’Egypte. Du coup, Pharaon ordonne aux sages-femmes des hébreux d’assassiner tous les mâles nouveaux nés, ce que, ces femmes refusent évidemment de faire. Dès lors Pharaon ordonne à son peuple de tuer lui-même tous mâles à naître, en les jetant dans le Nil. C’est suite à cela que la Torah raconte comment Yohéved, mère de Moshé Rabbénou, sauve son fils de ce massacre en le déposant dans le Nil. Deux miracles se produisent : non seulement Moshé survit, mais il est accueilli dans la maison même de Pharaon, auteur du décret de mort des mâles. C’est par la suite que l’enfant grandit et ressent la souffrance du peuple hébreu au point de tuer un égyptien pour sauver un de ses frères de la mort, ce qui contraint Moshé à fuir l’Egypte. Moshé se rend alors à Midiane, où Yitro, qui en est le grand prête, lui accorde sa fille Tsipora pour épouse. Peu de temps après cela, Hakadoch Baroukh Hou s’adresse à Moshé pour lui ordonner d’aller libérer son peuple dont la plainte est arrivée jusqu’à Lui. Moshé, accompagné d’Aaron, son frère, se rend au palais du roi pour lui demander de libérer le peuple hébreu. Pharaon s’entête, refusant de libérer le peuple, il promulgue au contraire des décrets plus sévères à leur encontre.

 

Dans le chapitre 3 de Chémot, la torah dit :

 

:א/ וּמֹשֶׁה, הָיָה רֹעֶה אֶת-צֹאן יִתְרוֹ חֹתְנוֹ–כֹּהֵן מִדְיָן; וַיִּנְהַג אֶת-הַצֹּאן אַחַר הַמִּדְבָּר, וַיָּבֹא אֶל-הַר הָאֱלֹהִים חֹרֵבָה

1/ Et Moshé faisait paître le troupeau de Yitro, son beau-père, le prêtre de Midiane, il conduisit les moutons loin dans le désert, et arriva à la montagne de Dieu à ‘Horev.

 

: ב/ וַיֵּרָא מַלְאַךְ יְהוָה אֵלָיו, בְּלַבַּת-אֵשׁ–מִתּוֹךְ הַסְּנֶה; וַיַּרְא, וְהִנֵּה הַסְּנֶה בֹּעֵר בָּאֵשׁ, וְהַסְּנֶה, אֵינֶנּוּ אֻכָּל

2/ L’ange d’Hachem lui apparut dans une flamme de feu du milieu du buisson. Il vit, et voici le buisson brûlait dans le feu, mais le buisson n’était pas consumé.

 

: ג/ וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה–אָסֻרָה-נָּא וְאֶרְאֶה, אֶת-הַמַּרְאֶה הַגָּדֹל הַזֶּה: מַדּוּעַ, לֹא-יִבְעַר הַסְּנֶה

3/ Moshé dit : « Je me détournerai donc, je verrai cette grande vision. Pourquoi le buisson ne se consume-t-il pas ? »

 

: ד/ וַיַּרְא יְהוָה, כִּי סָר לִרְאוֹת; וַיִּקְרָא אֵלָיו אֱלֹהִים מִתּוֹךְ הַסְּנֶה, וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה מֹשֶׁה–וַיֹּאמֶר הִנֵּנִי

4/ Hachem vit qu’il s’était écarté pour voir. Dieu l’appela du milieu du buisson et dit : « Moshé Moshé. » Il dit : « Me voici ».

 

: ה/ וַיֹּאמֶר, אַל-תִּקְרַב הֲלֹם; שַׁל-נְעָלֶיךָ, מֵעַל רַגְלֶיךָ–כִּי הַמָּקוֹם אֲשֶׁר אַתָּה עוֹמֵד עָלָיו, אַדְמַת-קֹדֶשׁ הוּא

5/ Il dit : « Ne t’approche pas d’ici. Enlève tes chaussures de tes pieds car l’endroit sur lequel tu te tiens est un sol saint. »

 

ו/ וַיֹּאמֶר, אָנֹכִי אֱלֹהֵי אָבִיךָ, אֱלֹהֵי אַבְרָהָם אֱלֹהֵי יִצְחָק, וֵאלֹהֵי יַעֲקֹב; וַיַּסְתֵּר מֹשֶׁה, פָּנָיו, כִּי יָרֵא, מֵהַבִּיט אֶל-הָאֱלֹהִים׃

6/ Il dit : « Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Avraham, le Dieu d’Yitshak et le Dieu de Yaakov. » Moshé cacha son visage car il craignait de regarder vers Dieu.

 

 

Ce passage est assez emblématique et a suscité beaucoup de commentaires de nos sages. C’est pourquoi, il nous revient d’essayer d’en comprendre le sens. La première discussion entre Hachem et Moshé se fait de façon totalement différente de la manière usuelle qu’utilise Dieu pour parler aux prophètes. Ici, Hakadoch Baroukh Hou se dévoile au travers de ce buisson qui brûle mais ne se consume pas. Quelle est la nécessité de cette mise en scène ? Que vient-elle enseigner ?

 

Pour tenter de comprendre cela, il convient de se pencher un instant sur le début de notre paracha. Le second livre de la torah débute par le rappel des douze fils de Yaakov qui sont descendus avec lui en Égypte. La midrach rabba (Chémot, chapitre 1, alinéa 5) explique que chaque nom cité souligne la notion de délivrance. Entre autre, celui de Lévi connote l’union (cf Béréchit, chapitre 29, verset 34). Cette union dont nous parlons souligne qu’Hachem s’est associé à notre souffrance en Égypte. Cela est symbolisé par le buisson sur lequel il s’est dévoilé qui, comme le précisent nos sages, était empli de ronces.

 

Hachem montre donc que lui aussi se trouve en exil avec ses enfants. C’est pourquoi, Il se dévoile à Moshé sous cette forme afin de lui expliquer une notion importante, celle là même qui préparera la délivrance. En effet, le Chem Michmouël explique que les forces négatives qui agissaient en Égypte cherchaient à créer l’oubli. Cette notion s’oppose frontalement à tout ce qui touche au monde spirituel dans la mesure où il n’y existe pas. À ce titre, notre paracha précise, que le roi qui gouverne l’Égypte ne connaît pas Yossef ! Il a « oublié » les bienfaits que ce dernier a procuré à son pays et s’empresse de s’en prendre à ses descendants. Nos sages précisent même qu’il interdisait la pratique de la brit mila, ce lien si précieux qui nous unit à Dieu. Tout cela poursuit l’objectif de faire disparaître l’existence de Dieu de l’esprit des bné-Israël. D’ailleurs, lorsque Moshé s’adresse à Pharaon et se présente en tant qu’émissaire de Dieu, Pharaon rétorque ne pas connaître Hachem ! C’est pour ces raisons que lorsque le maître du monde apparaît à Moshé, Il choisit donc d’exprimer l’exil qu’Il s’impose à Lui-même, car Il est caché du cœur de ses enfants qui ne Le perçoivent plus. La première étape de la délivrance consiste donc à réintroduire la connaissance de Dieu.

 

 

Rachi (cf chapitre 4, verset 10) explique que le débat entre Hachem et Moshé s’est déroulé après sept jours de tentative de la part de Dieu, d’approcher Moshé. Comme le précise le midrach, durant sept jours, Hachem a tenté de parler à Moshé devant ce buisson, mais Moshé ne se détournait pas de son chemin, étant berger du troupeau de son beau-père, le moindre instant d’égarement serait considéré comme du vol. C’est pourquoi, jamais Moshé ne perd la moindre seconde, pas même pour parler à Dieu !

 

Toutefois, dans les faits, ce commentaire semble difficile à comprendre pour deux raisons. Si en effet, l’arrêt de Moshé pour parler à Dieu est un vol envers Yitro, alors pourquoi Dieu apparaît-Il ? De même, dans cette optique, pourquoi Moshé finit-il par s’arrêter pour contempler le prodige auquel il assiste ?

 

La réalité est peut-être la suivante. Hakadoch Baroukh Hou se dévoile en montrant à Moshé que Lui aussi « souffre ». Dès lors, la mitsvah de pikoua’h néféch (assistance à personne en danger) intervient et supplante toutes les autres. Moshé pense jusque là qu’il ne doit pas s’arrêter pour ne pas commettre un vol. Mais voyant que Dieu insiste et se présente sous une forme particulière, il comprend le message et doit se tourner vers l’aide qu’il pourrait apporter. Par cela, Dieu éduque Moshé dans la mission qui, sous peu, sera la sienne, celle de supporter le fardeau d’un peuple qu’il devra littéralement materner. Le Ktav Sofer écrit au nom du midrach rabba (chapitre 2, alinéa 11) que Moshé n’a fait que trois pas vers le buisson avant que Dieu ne s’adresse à lui. Ces trois pas lui ont accordé le mérite de se parfaire sur trois niveaux : la Torah, la sagesse et la capacité prophétique. Ce passage du buisson prépare Moshé, l’améliore, le construit. Par cette étape, Moshé intègre une notion primordiale : le premier à « délivrer » n’est autre que Dieu Lui-même, au travers de la réintroduction de sa connaissance dans le monde.

 

 

Un commentaire de nos sages correspond parfaitement avec cette notion. Ces derniers demandent pourquoi Dieu a procédé à la libération des bné-Israël au travers des dix plaies ? Ne pouvait-Il pas éradiquer les égyptiens d’un seul coup ? À cela ils répondent que l’objectif de la manœuvre était de se dévoiler et de se faire connaître de son peuple par les biais des miracles ! Ces derniers sont l’outil que le maître du monde utilise pour faire progresser le peuple vers la foi et la reconnaissance de sa présence ! En l’état, les bné-Israël ne sont pas prêts à sortir et à recevoir la torah. Ce n’est qu’au terme des dix plaies, du dévoilement sans égal dont Hachem fait preuve, qu’ils parviennent à mériter la délivrance ! L’intervention de Moshé en Égypte vient donc « libérer » Dieu de l’entrave de la non-connaissance de son peuple.

 

 

Par cela, par le retour vers Dieu, l’objectif de la sortie d’Égypte, celui du don de la Torah, devient envisageable. C’est pourquoi de nouveau, Dieu prépare Moshé à vivre cet événement futur. Le Ramban (Chémot, chapitre 3, verset 5) souligne une chose passionnante en rapport avec notre propos. Lorsqu’Hachem s’adresse à Moshé, Il lui dit de ne pas s’approcher et de retirer ses chaussures. Devant ce dévoilement Moshé craint de contempler l’expression de la divinité et cache son visage. Toutefois, plus tard dans l’histoire, lors du don de la Torah, Moshé a l’attitude inverse et contemple la présence divine. Cette différence de démarche s’explique par le fait qu’à l’heure actuelle, lorsqu’il converse avec Dieu, il n’a pas encore atteint le niveau lui permettant de côtoyer toute la puissance divine ! C’est pour cela que le midrach rabba (chapitre 2, alinéa 5) explique que le feu brûlant le buisson, est une préparation au feu du don de la Torah qui se manifestera sur le mont Sinaï ! L’objectif est d’éviter la crainte de Moshé qui sera chargé de monter dans le ciel et d’y récupérer la Torah.

 

 

Le Yédé Moshé ajoute une chose extraordinaire ! En effet, notre développement est insinué dans le verset 4 par les mots « בלבת אש une flamme de feu ». La lettre « ב beth » a pour valeur numérique deux. De même, le « ל lamed » et le « ת Tav » renvoient respectivement aux « לוחות les tables de la loi » et à la « תורה torah » dont ils sont les premières lettres. Ainsi, le message est le suivant : l’apparition divine au travers de « בלבת אש une flamme de feu » annonce ce qui se passera un an plus tard en ce même lieu, à savoir le don des deux tables de la loi, ainsi que des deux Torah, écrite et orale !

 

 

Toute la manifestation de Dieu s’oriente donc vers une familiarisation de Moshé à l’objectif de sa vie : libérer le peuple dans un premier temps, lui apporter la connaissance de Dieu ensuite et enfin lui transmettre la Torah. Ceci nous éclaire sur un point fondamental. Hakadoch Baroukh Hou a accordé à chaque néchama une mission qu’elle devra accomplir durant son séjour sur terre. Malheureusement pour nous, cette mission ne nous est pas révélé. Toutefois, Hachem nous accorde les outils pour nous permettre de l’accomplir. Comme nous le constatons au travers de Moshé, Hachem dévoile les éléments nécessaire, Il nous met en situation et nous prépare à atteindre l’objectif. Il revient à chacun d’analyser sa vie, son histoire et de percer le secret de sa venue au monde. Il faut comprendre que tout ce qui nous arrive nous conduit à ce but ultime. Il suffit d’être attentif et de se concentrer sur les messages que Dieu nous envoie, aussi bien au travers de nos épreuves que de nos joies.

 

 

Yéhi ratsone que chacun puisse réussir dans cette voie et atteindre l’objectif qui lui a été fixé afin de permettre au monde d’atteindre l’objectif que Dieu s’est Lui-même fixé, celui de vivre parmi nous au sein du Beth Hamikdach reconstruit, biméra béyaménou, amen véamen !!

 

 

 

Chabbat Chalom.